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dimanche, juillet 20 2025

Le menteur · Luc 1

Causerie enregistrée au printemps 2025.

La causerie en podcast illustré et sous-titré sur YouTube

Le troisième évangile, dit de Luc, foisonne de scènes et de détails pittoresques. Après s’être longtemps laissés entraîner par la richesse d’une fresque finement historiée, nous étudions de plus près son scénario.

• Luc, un évangile « occidental » d’une grande élaboration
• Qui est vraiment Luc ?
• Le bruissement du mystère anéanti par une volonté de mainmise sur lui
• Construction d’une Histoire : Suétone et les Douze césars
• Habileté du rédacteur qui nous plonge dans un bain culturel judaïque dès les premières lignes
• Problématique d’Abraham comme « père du monothéisme » : les deux descendances
• Les religions se pillent entre elles
• Le féminin sacré, une réalité religieuse antique et répandue captée par l’Évangile
• Le chapitre 1 de l’évangile de Luc est un concentré de procédés narratifs très efficaces qui met savamment en place de solides piliers religieux

Références auteurs :
Bertrand de Jouvenel · Lucien Laberthonnière · Henry Corbin · Laila Benafia

Filigrane

Avec l’Antémessie nous sommes arrivés au cœur et à l’aboutissement d’une longue réflexion. De fait, notre précédent site toujours en ligne – akklesia.eu – n’était que son introduction. Le site Akklésia, ce sont les prémices d’Antémessie.

On nous demandera fort logiquement : « Pourquoi avoir mis si longtemps à en venir à l’essentiel ? Pourquoi s’être autant étendus sur le problème “ecclésiastique” ? Pourquoi avoir tant tardé à donner “la solution”, que nous prétendons affirmer en posant désormais l’Antémessie ? » — Parce que nous ne savions pas alors que nous allions nous briser sur ce mur. Nous fûmes les premiers « étonnés » ; et le mot est faible, car nous fûmes en vérité sidérés, mis à mort.

C’est la raison pour laquelle nous travaillons sur l’Antémessie depuis maintenant presque cinq ans. Nous allons désormais, petit à petit, déposer sur ce site ce que signifie pour nous le fait d’abandonner l’identité religieuse dite « Jésus le Christ » ou « Jésus-Christ », ce que signifie pour nous le fait de ne voir en lui qu’un Personnage qui ne peut être perçu qu’en filigrane. Seul ce filigrane est le Personnage Réel et il est impossible d’avoir mieux que ce filigrane. C’est celui-là même que nous nommons l’Antémessie parce que cette identité nous semble être son véritable fond : sa véritable personne. Par conséquent « Jésus-Christ » n’est que sa perversion — après coup. C’est-à-dire que l’Antémessie lui est « antérieur », il est antérieur à la fausse identité de « messie » dont le monde religieux l’a ensuite revêtu. Le Personnage-Réel est donc bien l’Antémessie parce qu’il est antérieur au messie. C’est là une perversion qui se cache d’ailleurs derrière une autre, une première perversion : l’Église avec sa dogmatique judaïque de l’Expiation, perversion contre laquelle nous avons beaucoup lutté en parlant d’existentialisme akklésiastique. Nous en avons abondamment discuté sur notre précédent site.

Soit donc, quand les savants parlent du « Jésus de l’Histoire » et qu’ils tentent de le représenter en rabbin anti-système, en mystique anti-religieux, en indo-bouddhiste défenseur de l’Un, en thaumaturge extatique plus ou moins candide, en écolo-socialiste prédicateur d’une société nouvelle de type convivialiste, etc., il n’est en somme question ici que d’une autre manière de formuler la possibilité d’une société idéale faite de paix, de bonheur et de sécurité… c’est-à-dire un messianisme — la société du Christ ! Et hop ! un de plus. Un Christ de plus ! En ce qui nous concerne, nous sommes saturés de « Christ ». Nous vomissons le messianisme. Et nous pensons que le Personnage le vomissait tout autant. Qu’il ait précisément été revêtu de ce titre – le christ, al-masih en arabe puis mashia’h en hébreu – au point donc que l’Histoire ait réussi à remplacer sa peau par celle d’un Christos monothéiste inventé a posteriori, voici un thème qui est, à l’intérieur de l’Antémessie, l’un des plus passionnants : le thème du piège spirituel. C’est par ce piège en effet que le monothéisme naissant – dont la conquête était assurée tant sa vérité est puissante – finit par se fragmenter et se déliter. Le monothéisme ne put donc atteindre son but universaliste en raison de divisions internes qui suscitèrent les trois grands embranchements que l’on voit encore guerroyer entre eux aujourd’hui.

À quoi sert donc de parler d’un « Jésus de l’Histoire » si ce n’est pour fabriquer, à la fin, une autre historia, laquelle renvoie somme toute elle aussi à un christos modernisé, à un énième Christ ? À ajouter de la subversion à la subversion. Avec l’Antémessie, nous brisons cette chaîne et nous fondons son acier pour lui redonner sa forme originelle, une forme qui est somme toute uniquement politique et que nous voulons exhiber à la vue de tous : l’archaïsme de l’Un ou du Logos à usage servile. Voilà la véritable essence des divers messianismes, y compris celui du « Christ ». Voilà d’où procèdent tous les messies, le métal et la lumière dont ils sont tous faits : la politique nécessaire ici-bas, mais éphémère parce que toute destinée politique est de devoir mourir et disparaître. Dieu ne veut pas régner. Dieu n’est pas messianique.

Les attributs de Dieu, un vêtement.

Mais posons donc le problème autrement. Il vous sera alors peut-être plus clair.
« Dieu » (ou « la vérité ») est assurément depuis toujours le sujet le plus étudié et je doute qu’il ait jamais de concurrent sérieux. À ce titre, le problème de son existence ou de sa non-existence est, à l’ère moderne, la Question par excellence. Elle est pour nous ridicule. Une question de bac à sable, une question de gosse. L’Antiquité était sans le moindre doute bien plus éclairée que nous. Je veux dire que l’existence de « dieu » ou « des dieux » n’était pas là-bas une question. C’est la raison pour laquelle les anciens se vouèrent à la Question principale. Ils n’étaient pas alors enquiquinés par l’interrogation moderne des enfants, ou plutôt des adultes immatures que sont désormais les modernes, ces handicapés qui s’interrogent sur l’existence ou non de Dieu. Cette question mineure est venue avec Homo festivus tandis que ce dernier joue avec sa pathétique technologie comme un môme avec ses poupées ou ses petites voitures. L’autre Question que posaient alors les anciens était bien plus sérieuse : Qu’est-ce que le divin ? Qu’est-ce que Dieu ou les dieux ? A-t-il des attributs et quels sont-ils ? Etc.

Pour les hommes modernes, c’est simple. Ils sont convaincus que la qualité principale et l’essence de la Vérité sont d’ordre mathématique. Il leur suffit dès lors de choisir l’option de ses attributs sur le marché du Logos : évolutionnisme, physique quantique, astrophysique, cybernétique, sciences cognitives, sociologie, politique et économie, etc., puis de retourner, avec leur jouet-divin technique respectif, dans leur bac à sable où ils pourront mettre en action leur « vérité/dieu » pour lui permettre d’être productive et efficace. Pour les anciens, « Dieu » ou « les Dieux » restant naturellement présents, et de fait renvoyant au mystérieux, la chose devint très vite un casse-tête tel, un inconfort tel, qu’ils se mirent à la tâche ardue de répondre à cette question : la Question de l’Identité de Dieu. Car il leur fallait à tout prix sortir du Mystère qui sans cesse leur murmurait leur ignorance. Un Mystère qui par conséquent constitua très vite à leurs yeux une source de danger, un signe trahissant leur archaïsme, une superstition, dirent-ils, puis finalement, selon eux, la racine même de tous les maux : corruption, guerre, égoïsme, malheurs de toutes sortes. C’est ainsi que pour sortir de cette impasse ils réalisèrent un véritable prodige ! Et leur génie intellectuel nous invite encore aujourd’hui au plus grand des respects à leur égard. Car ils réussirent à garder « Dieu » d’une part, tout en tuant d’autre part son Mystère : ils expliquèrent Dieu. Ils expliquèrent qui est Dieu et ils expliquèrent quels étaient ses attributs.

Comment ont-ils fait ? Ils ont scrupuleusement observé, analysé et disséqué la Nature et ils ont vu en elle un principe Général surpassant les particularismes. De là en sont-ils venue à inventer l’Un, c’est-à-dire le Monothéisme. Ainsi commença la chute des Dieux et le Règne du Dieu-Un.
Par ce geste, ils venaient d’aplanir le chemin des Modernes, c’est-à-dire de leurs petits frères pour qui l’Un est aussi La-Vérité, la même Vérité, mais passée dans les fourneaux de la chimie intellectuelle de leurs pères pendant au moins un millénaire. En d’autres termes, les anciens habillèrent Dieu. Ils lui donnèrent une peau. Car n’oublions pas qu’il leur était alors impossible de nier le divin, de concevoir le pur athéisme que connaît notamment l’Occident depuis le 18e siècle. Ils n’avaient que le divin comme vérité, la science étant alors trop faible pour argumenter concrètement contre l’évidence divine. C’est pourquoi la science et son intellect, alors déjà en train d’hypnotiser les anciens, aussi bien les mages que les penseurs et les mythographes, procéda tout autrement que par un conflit direct avec le divin. Elle crut, elle aussi, au divin, et elle se voua à lui donner une certaine identité qui permettait tout simplement de Le rendre logique et de Le placer à la source d’un système : à l’image de l’Intellect et du Logos. Le divin devint donc, subrepticement, ce que l’Intelligence et la Connaissance reflétaient lorsque l’homme s’intériorisait pour s’unir à cette partie supérieure de son humanité. Il devint l’Harmonie universelle et la réalité-Une, l’Un-monothéiste et tous ses avatars, somme toute. Ce que finalement le Logos et l’Intellect venaient de débusquer c’était en réalité une description d’eux-mêmes. Ils ne pouvaient faire mieux, étant incapables de connaître Dieu, c’est-à-dire la Liberté. Et les « sages » tombèrent dans cette supercherie de tout cœur et en toute fierté ! C’est ainsi que les chercheurs d’alors formulèrent et mirent sur papier la Révélation, la Réponse à la grande Question « Qui est Dieu ? ». L’athéisme en devenir venait de remporter sa plus brillante victoire : définir le divin et abolir son mystère par le concept de la vérité-Un, de l’Absolu-monothéiste, d’un Créateur Unique dont le monde est logique, mathématique, ordonné et au sein duquel toutes les formes d’autonomie individuelle devaient être mises à mort. C’est précisément ce principe-Divin là qui aujourd’hui s’est métamorphosé en dieu-Scientifique et Universaliste défendu d’un commun accord par les uns et les autres.

Ainsi naquit l’Un et son monothéisme. Ce fut un coup de maître du Logos. Plus exactement un coup de maître de ce génie humain qui est le fait de penser dans le but de crucifier tout mystère, de tuer tout inconfort lié à l’imprévu d’une liberté arbitraire, choses dont étaient alors spécialistes les dieux antiques. Cette attitude consiste à abolir la Liberté de l’imprévu au nom d’une pseudo-liberté du tout-prévoir, et cela, au sein d’un système-Un fait d’une tête divine qui pense — pour tous, partout et pour toujours. Bien sûr, ce nouveau divin-Monothéiste, au cours de cette même démarche intellectuelle que fut sa naissance, se trouva aussi dans l’obligation de définir ce que devait être son Ennemi. Car à nouveau Dieu nouvel ennemi. L’ennemi de l’Un et son satan seront ceux qui n’abdiqueront pas face à cette révélation intellectuelle monothéiste, ceux qui refuseront son credo et son invocation publique. C’est-à-dire les dieux antiques nés à l’origine dans les civilisations polythéistes. Tous ces dieux anthropomorphes, tous ces dieux qui étaient trop humains, toutes ces conceptions et façons de penser pour lesquelles les dieux sont des hommes réussis, accomplis — des fils de l’homme ! Voilà le nouvel ennemi. Tout n’est-il pas clair désormais ?
Je veux dire qu’à partir de ce mouvement, parmi les Quatre Grands Groupes qui formulèrent ce nouveau-Divin, ce sont ceux qui jouèrent le mieux le compromis avec les anciens dieux qui obtinrent le plus de pouvoir en termes de politique et de règne concret parmi les hommes. Car assurément, cette imposture monothéiste de l’Un, quelle que soit sa confession, ne peut tenir longtemps si elle est trop rigide par rapport à l’antique Vérité de l’Un-dividu, de l’homme-dieu, ou de son existentialisme vitaliste, si vous préférez. Autrement dit, plus vous diabolisez avec rigidité et sans le moindre compromis l’incarnation Un-dividuelle pour l’abolir dans l’Un, plus vous créez de processus eschatologiques, à savoir des fins de règne de cet Un. L’erreur de l’Un, en un tel cas, c’est d’être trop chaud ou trop froid, trop extrémiste, pas assez tiède et pas assez rusé, ou encore trop outrageant par rapport à la liberté individuelle. Tel fut le cas de la plus géniale des quatre entités qui façonnèrent l’Un monothéiste, celle qui probablement éleva la première le Dieu-Un à un niveau politique. Je veux parler du groupe Indo-Iranien. C’est de lui qu’est née cette pierre de granit du Tawhid, l’Unicité des mystiques persans, celle-là même qui fut ensuite reprise par le groupe Nord-africain et Moyen-oriental au sein de l’Islam. C’est là un propos de fond assez ardu au sein du discours de l’Antémessie.

Le Personnage maintient la Question.

Il s’ensuit de cela qu’au cœur du propos de l’Antémessie présent dans l’Évangile est lancée La Question suivante : « Qui dites-vous que je suis ? » Et c’est cette Question qui porte la contestation. Contestation contre cette chimie naissante de l’Un monothéiste face à laquelle le Personnage antémessianique se lève. Il voit alors – déjà – le machiavélisme de l’abolition de l’Un-dividu au profit de l’Un et les phénomènes eschatologiques qui en découleront naturellement. Je dis « naturellement » parce qu’on peut les discerner aussi bien qu’on discerne la météo d’après lui [1]

La condamnation à mort de l’Antémessie est par conséquent entièrement articulée autour de son « Qui dites-vous que je suis ? ». Car en le martelant, il pose de nouveau la Question qui venait d’être résolue par les maîtres et les savants, et dont la réponse était en train de conquérir le Monde. Le refus messianique du Personnage – en effet il rejette le rôle de Messie – affirme sa volonté de ramener le Mystère. Un Mystère résumé pour lui dans l’antique divinisation de l’Un-dividu, et dans la mise à mort du monstre qu’est l’Un-dieu. Néanmoins, face aux génies de l’Un, ensoutanés théologiens, philosophes et autres surdoués de l’Harmonie universelle, et en venant soudainement faire resurgir ce qui pour eux est un archaïsme insupportable, l’Antémessie ne vient pas abolir la Loi, c’est-à-dire le logos et l’intellect ordonnateur de l’homme. Mais il vient, bien plus subtilement, séparer ceux-là du Mystère : il vient rendre à la connaissance et au divin ce qui leur appartient respectivement. Le pouvoir provisoire universel, pour la première, et pour le second, l’impossible liberté de l’individu qui lui est promise. Il se refuse donc à répondre à la Question de l’Identité de Dieu par une démarche intellectuelle. Loi et intelligence ne peuvent expliquer le divin, ce ne sont que des outils serviles pour l’homme, des outils « faits pour l’homme » dit-il, mais non pour qui l’homme est fait lorsque ces outils se placent comme Révélation de Dieu, comme des miroirs angéliques de son « être caché ». Répondre à la Question est par conséquent pour lui un au-delà de la pensée, une évasion par rapport au logos et ses impératifs. C’est « une seconde dimension de la pensée » en quelque sorte, pour reprendre un mot du philosophe Chestov. C’est pour l’Antémessie un phénomène d’Existence auquel on ne se raccroche que par une attitude qu’il appelle la Foi. Une foi qui est proprement inacceptable et dont on ne sait comment l’embrasser. Car le « Qui est Dieu » se résume pour lui à un impossible existentiel selon le mot suivant : « Tu le sauras lorsque tu le seras ! » Si tu veux savoir qui est Dieu, il te faut le devenir ! Mais dans ta chair. Non hors-chair, c’est-à-dire dans l’extase, et non plus par l’ésotérisme des apories mystiques. Il te faut mourir et ressusciter-Autre. Ainsi donc, religieux et philosophes ont déchiré leur pénule devant un tel blasphème contre l’intelligence et la connaissance. Pour ces derniers, le bios ne peut être plus grand que l’intellect en quelque sorte, car l’incarnation était à leurs yeux un péché et le salut consistait en une désincarnation extatique dans l’Un : l’obéissance finale dans une extinction nirvanique.

De plus et enfin, comprenez bien que pour les créateurs de l’Un-monothéiste, ce n’est pas seulement l’Identité de la Vérité qui est en jeu ici mais c’est tout son projet ici-bas. C’est-à-dire l’Histoire devenue Sainte, le projet divin universaliste. Car de leur description du Divin et de la Vérité sous la forme de l’Un, découle toute une panoplie de définitions du projet de cet Un dans l’Espace-Temps. En effet, le projet de cette divinité devenue dès lors l’Univers-dieu s’inscrit dans un espace-temps sur lequel l’Un doit avoir toute autorité. Un espace-temps qui doit être son Miroir angélique en définitive. C’est ainsi qu’en premier lieu, en touchant à l’Un, on touche à l’Histoire, au temps fabriqué, à son scénario que les adeptes de l’Un écrivent selon cet Un, c’est-à-dire selon un certain évolutionnisme et en insistant surtout sur le fait que les vainqueurs de cette Histoire-là ne peuvent être que les adeptes de l’Un. Et dans un second temps, on touche à l’Espace dans lequel cette Histoire-là doit se jouer — sa scène. Ce ne peut être qu’un Univers qui lui-même reflète cet Un-infini, un Univers qui absorbe tout, qui ne peut avoir de centre, qui interdit un Univers autonome et personnel autour duquel tournerait même le soleil. Soit donc, l’univers des astrophysiciens où aucun corps-lieu individuel ne doit échapper à l’œil universel du Monstre monothéiste — l’Un-univers.

La démarche de l’Antémessie est le refus de voir dans la Vérité ces messies de paix tels qu’on nous les présente depuis toujours. Ces Christ, qui depuis le premier-né de ce maudit calcul qu’est l’expiation lévitique, doivent un jour faire aboutir l’Histoire de l’Un, confirmer son Univers démesuré, infini, boulimique de tous les individus… C’est pourquoi la démarche de l’Antémessie fait tomber l’Histoire afin qu’elle devienne l’histoire de l’Un-dividu, une histoire petite, à sa mesure, dans le sens de son non-universalisme et de son refus de tout englober ; et sa démarche fait aussi tomber l’Espace afin qu’il devienne celui du corps individuel, l’espace qui suffit à l’homme-dieu sans qu’il soit besoin pour lui d’être un monstre d’Univers dévorant tous les espaces pour affirmer sa divinité… Cette démarche-là n’est pas une simple bataille théologique ou philosophique. C’est le fait de se retrouver devant une Montagne qu’il faut jeter dans la mer. Il faut jeter dans la mer de l’oubli la définition de l’Un et de son Espace-Temps ! Rien que ça ! Vous vouliez un but divin, un impossible, une foi qui soulève une montagne ? Vous êtes servis m’sieurs-dames. Lorsque je disais au début de ce propos que moi-même et Dianitsa avons été comme sidérés et mis à mort lorsque nous avons vu où nous menait l’Akklésia, ce n’était pas une formule rhétorique.

Que celui donc qui n’a pas le cœur de jeter les Montagnes dans la mer passe son chemin. Nous n’attendons rien de personne. Nous ne faisons que partager ce qui nous permet chaque matin de nous lever. L’Histoire et l’Univers terribles de l’Un, pour l’instant, fonctionnent. Les timorés et les ecclésiastiques y trouveront une place, et s’ils n’en trouvent pas, c’est que peut-être l’Antémessie les invite à lutter contre les montagnes. Pour ce qui nous concerne, nous avons tourné le dos depuis un moment à l’Histoire universelle de l’Un et nous croyons, avec l’Antémessie, au petit, à l’homme-dieu, ou fils de l’homme, à la corporéité individuelle comme marque de la liberté, à la fraternité d’une simple table, et à la Résurrection seule à laquelle le Personnage lui-même croyait de tout son cœur. Enfin, si le temps nous est accordé, nous alimenterons ce site en donnant une suite à ce premier billet.

Ivsan & Dianitsa

Note(s)

  1. ^ Cf. MATT. 16 : « Vous dites : Il fera beau, car le ciel est rouge, et le matin : Il y aura de l’orage aujourd’hui, car le ciel est d’un rouge sombre. Hypocrites ! Vous savez discerner l’aspect du ciel et vous ne pouvez pas discerner les signes des temps. »

© Antémessie